4 mois de non-hiver, deux semaines d’hiver : premier bilan

Voilà  deux semaines qu’il fait froid. Il a neigé ici et là. Rien d’exceptionnel, sinon peut-être qu’on ne s’y attendait plus.

Avant cet épisode de froid, l’hiver 2011 n’avait pas vraiment débuté. Le mois d’octobre a été marqué par une température de +1.4°C supérieure à la normale, avec des journées au-delà de 30°C sur l’ouest et le sud du pays. En novembre, l’anomalie a été de +3°C, en décembre de +2°C, et le mois de janvier a commencé par être très doux, avant que la vague de froid n’envahisse la France. Quatre mois de remarquable douceur, pour deux semaines d’hiver.

Les conditions météo sont à nouveau conformes aux normales, et c’est l’heure d’un premier bilan.  Et ce qui frappe, c’est l’incroyable couverture médiatique (presse quotidienne, internet, radio et télévision) autour de l’impact économique et financier de cet épisode hivernal. La météo-sensibilité, c’est-à-dire l’impact économique des aléas météo sur le volume d’activité, est entré dans le langage courant.

On savait déjà que lorsqu’il fait plus froid que la normale, la consommation électrique augmente proportionnellement à l’anomalie froide de température, et le froid intense a effectivement  provoqué de nouveaux records de consommation. Mais grâce aux travaux des cabinets de conseil en intelligence climatique, beaucoup auront découvert qu’on sait aujourd’hui précisément quantifier l’impact d’un degré °C sur les ventes de doudounes, de soupes, de sel de déneigement, de chauffages d’appoint, de carburant, ou encore les effets du froid sur l’activité des garagistes, sur la facture de chauffage des serres de producteurs de légumes, sur les coûts liés à l’arrêt des chantiers dans le BTP, sur le nombre de déclarations de sinistres d’assurance, etc. Nombre de produits et d’entreprises se sont ainsi retrouvés parmi les « gagnants » ou les  « perdants » de cet épisode de froid.

Si l’anomalie froide a boosté certaines activités ou certains produits pendant 2 semaines, l’anomalie chaude pèse sur ces mêmes entreprises ou ces mêmes produits depuis quatre mois. Le vendeur de doudounes a vu l’hiver passer sans que ses rayons ne se vident, a été contraint de solder à 70% ou 80% sans grand succès, et au moment où, de dépit, il s’apprête à mettre en vitrine les collections de printemps, on lui dit qu’il est gagnant car un épisode de 2 semaines de froid provoque une augmentation des ventes de doudounes par rapport à ce qu’elles auraient été dans ces mêmes 2 semaines dans des conditions météo normales… mais à quel prix ?

2 semaines de ventes avec une marge fortement réduite ont peu de chance de compenser le manque à gagner des 4 mois précédents. Les « gagnants » de l’épisode de froid sont sans doute ceux à qui la météo de l’hiver 2011 va coûter le plus cher.

Evidemment, si quelqu’un avait pu annoncer au vendeur de doudounes cette vague de froid suffisamment tôt dans la saison, le vendeur de doudounes aurait pu ne pas appliquer une réduction aussi importante sur ses produits, et retarder l’arrivée dans ses stocks de la collection de printemps, et il aurait sans doute pu sauver la rentabilité de son activité. Le maître d’œuvre BTP aurait retardé la mise en œuvre du chantier ou intégré davantage de marge pour faire face aux pénalités de retard. Le vendeur de soupe aurait constitué un stock suffisamment important pour face à la demande, et éviter que sa commande de réapprovisionnement ne se retrouve coincée dans un camion sur le bord d’une autoroute…

Mais voilà, personne n’a été en mesure de les prévenir, et personne n’est davantage en mesure aujourd’hui de dire aux chefs d’entreprises si l’hiver est fini.

Ce n’est pas pour autant qu’il faille subir le risque météo. Bien au contraire. Un chef d’entreprise informé sur les conséquences financières d’une météo « normale » est capable d’intégrer ces coûts dans ses prévisions financières. Dès lors que la météo est « anormale », il est pratiquement toujours possible de mettre en place une couverture financière pour protéger l’entreprise des conséquences financières de l’anomalie météo.

L’événement hivernal que nous venons de traverser a rappelé à beaucoup que la météo a un impact financier non négligeable, et certains chefs d’entreprise qui ont anticipé en couvrant le risque peuvent se concentrer en toute tranquillité sur leurs clients et la rentabilité de leur entreprise.