El Niño : la variabilité climatique coûte cher si elle n’est pas gérée

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Extraits choisis de l’interview parue sur Atlantico.fr le 29 juin 2014

Le phénomène « El Niño » est bien connu puisque c’est un phénomène cyclique qui se produit une à deux fois par décennie. Il n’est qu’un élément parmi d’autres qui contribuent à la modification de la variabilité climatique, c’est-à-dire l’écart entre la météo observée et sa valeur normale. Le phénomène touche l’Australie, l’Inde, l’Asie du Sud Est mais aussi l’Amérique du Nord, du Sud et le Canada. Mais l’Europe est aussi concernée et l’Organisation Météorologique Mondiale rappelle l’augmentation significative du nombre, de la durée et de l’intensité des anomalies météorologiques un peu partout dans le monde.

El Niño accentue les risques de sécheresse et peut avoir des répercussions importantes sur les cultures. Durant la période d’été, le risque est une baisse des précipitations à l’est du pacifique, c’est-à-dire en Inde, en Indonésie et dans la partie nord de l’Australie. A l’inverse, il pleut davantage dans la partie sud des États-Unis et sur la côte ouest de l’Amérique du Sud. En hiver, les températures sont anormalement élevées en Amérique du Nord et au Canada, et l’activité orageuse est plus intense dans le Golfe du Mexique. Elle s’accompagne aussi de pluies plus intenses.

Il faut bien comprendre que la variabilité climatique saisonnière coûte chaque année beaucoup d’argent à l’économie mondiale. C’est la raison pour laquelle les nations unies et notamment le groupe de travail finance (UNEP FI) œuvrent depuis quelques années pour encourager les marchés financiers et les services météorologiques à travailler ensemble pour proposer des solutions de couvertures financières météo capables d’améliorer la résilience des entreprises face à l’augmentation de la variabilité climatique. La finance a un rôle important à jouer pour aider les entreprises et les gouvernements à s’adapter au changement climatique.

El Niño ne fait qu’exacerber une météo par ailleurs naturellement de plus en plus capricieuse. La variabilité climatique est coûteuse quand elle n’est pas gérée. C’est à cette variabilité qu’il faut désormais accorder beaucoup d’importance car la survie d’entreprises et d’emplois en dépend.

Les dirigeants d’entreprises et de collectivités doivent désormais mieux cerner les risques météo auxquels ils sont exposés et utiliser les outils de gestion opérationnels et financiers qui existent. La météo fait petit à petit son apparition dans l’univers de la finance. Les traders de matières premières agricoles suivent avec attention les observations météo pour anticiper les rendements et le prix futur des récoltes. Les traders d’électricité ou de pétrole ont également les yeux rivés sur les températures qui dictent les besoins de consommation et donc le prix de l’énergie.

Les entreprises commencent elles-aussi à intégrer la maitrise de la variabilité climatique dans leur stratégie. Elles mettent en place des assurances indicielles météo pour maitriser la hausse des coûts de production ou compenser les méventes causées par une météo défavorable. La France est au premier rang européen dans ce domaine : Meteo Protect possède la plus grande équipe de spécialistes du risque météo pour aider les entreprises à gérer leur vulnérabilité à la météo et développer des solutions de couverture financière qui les indemnisent quand la météo est défavorable. L’adaptation au changement climatique des entreprises passe par là. Il y a de nombreux exemples de dirigeants d’entreprises qui pensent ne pas être concernés par la gestion du risque météo ou qui pensent que parce que leur entreprise a vécu ou survécu aux anomalies depuis des générations, les choses vont continuer ainsi.

Regardez par exemple ce qui se passe actuellement dans le secteur de la jardinerie et de l’horticulture en France.

Distributeurs et producteurs ne se sont pas assurés contre les risques de méventes en cas de printemps anormalement froid et humide. Les printemps 2012 et 2013 ont été particulièrement défavorables. Alors que le secteur de la jardinerie dégageait des marges à deux chiffres depuis des dizaines d’années, des enseignes comme Jardiland, fragilisées par la crise, sont aujourd’hui contraintes de licencier et de nombreux producteurs sont au bord du dépôt de bilan. Deux ans d’anomalies météo auront suffi.

Les banques et les investisseurs prennent de plus en plus conscience des effets de la météo sur la rentabilité des entreprises. Des études de vulnérabilité climatique de sociétés cotées commencent à être diffusées et les investisseurs institutionnels exigent aujourd’hui de savoir quel est le risque météo auquel l’entreprise dans laquelle ils ont investi est exposée. Ils veulent aussi et surtout savoir ce que l’entreprise met en place, tant d’un point de vue opérationnel que financier, pour éviter qu’une météo défavorable n’affecte trop violemment les finances de l’entreprise.

El Niño s’inscrit dans le contexte global d’une variabilité climatique qui augmente. Les progrès réalisés par les météorologues et les financiers dans le domaine de l’anticipation et de la gestion des risques météo ont permis de développer les solutions d’assurance que les nations unies appelaient de leur vœux. C’est aux gouvernements et aux chefs d’entreprises de les utiliser. S’ils n’ont bien sûr pas les moyens de changer la météo, ils ont par contre le devoir de tout faire pour en limiter les conséquences.