Le manque à gagner, c’est bien une perte

neigeL’épisode neigeux que nous venons de traverser a été largement couvert par les médias. La neige fond, le trafic redevient fluide, et la vie va reprendre son cours normal. Une question a taraudé les journalistes et les citoyens : combien la neige a-t-elle couté ?
Le 12 mars, grâce aux travaux menés depuis plusieurs années et à une base de données d’analyse sectorielle de l’impact météo, la première estimation de 400 millions par jour (soit une fourchette de 600 à 1 200 millions d’euros en fonction de la durée du blocage) a été communiquée à la presse.


L’ampleur du montant a surpris. Pourquoi ?
Jusqu’ici, en cas d’intempéries, l’interlocuteur privilégié des médias c’était l’assureur. Et c’est à l’assureur que les journalistes demandaient non pas ce que les intempéries avaient coûté aux particuliers et aux entreprises… mais combien les intempéries lui avaient coûté à lui, l’assureur. Ce n’est pas la même chose… D’ailleurs, hier, les assureurs ont annoncé qu’ils allaient verser 100 millions d’euros d’indemnités à leurs assurés. C’est un coût pour les assureurs mais ce n’est pas une perte pour les assurés. C’est d’ailleurs pour percevoir des indemnités en cas de sinistre qu’entreprises et particuliers s’assurent et versent des primes aux assureurs.

Pourquoi ces deux montants radicalement différents alors ?
Il y a d’abord les pertes qui sont liées aux destructions partielles ou totales des moyens de production, des véhicules et des biens immobiliers : contre la destruction du patrimoine, particuliers, entreprises et collectivités s’assurent, par choix ou par obligation. Le montant global de ces dommages assurés a été estimé hier par les assureurs à 100 millions d’euros.
Ensuite, viennent les pertes de résultat d’exploitation : les 600 millions d’activité économique perdue et qui ne sera pas nécessairement reportée, tout le chiffre d’affaires perdu, tous les profits perdus, qu’on a coutume d’appeler le « manque à gagner ». Mais excusez le côté un peu trivial pour un entrepreneur. Le manque à gagner, c’est du chiffre d’affaires et des profits  qu’il n’a pas réalisés. C’est bien une perte.
D’ailleurs depuis ce matin, différentes organisations commencent à avancer les premiers chiffres. La Fédération Nationale des Transports Routiers estime la perte à au moins 60 millions d’euros. Le Conseil National des Centres Commerciaux estime le coût des intempéries à 85 millions. La SNCF ne s’est pas encore exprimée, les compagnies aériennes non plus, ni le BTP ni les collectivités locales.

Quelque chose a changé.
Dans la douleur, on a pris conscience qu’une simple météo défavorable peut avoir des conséquences financières importantes sur la rentabilité des entreprises et sur l’économie française en général. Les 600 millions de pertes ne seront pas restituées parce qu’elles n’étaient, d’une manière générale, pas assurées. C’est le consommateur et le contribuable qui paieront, à un moment ou à un autre.
Entreprises et collectivités locales ont assuré leur patrimoine. Il est temps qu’elles assurent aussi les pertes d’exploitation et les augmentations de coût provoquées par les anomalies de la météo.
Selon l’Organisation Mondiale de la Météorologie, le nombre, la durée et l’intensité des anomalies météo augmentent rapidement depuis une dizaine d’années. Les produits adaptés existent pour limiter les dommages que ces anomalies peuvent provoquer sur le compte de résultats des entreprises et sur le budget de fonctionnement des collectivités. Il est temps de les utiliser.

La prochaine fois que l’on traversera ce type d’épisode, souhaitons que les assureurs auront le privilège d’annoncer le montant des indemnités versées aux entreprises et aux collectivités.

Nul doute que les actionnaires, les salariés et les contribuables sont du même avis !

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