Météo 2011 et EBITDA des énergéticiens : analyse des résultats

Personne n’ignore l’importance de la température dans la consommation d’énergie et donc dans le CA et l’EBITDA des énergéticiens. Quand il fait froid, on chauffe et quand il fait chaud, on consomme moins, quel que soit le prix de l’énergie ou presque.

En France, les anomalies de température en hiver expliquent jusqu’à 85% des variations de consommation d’énergie. 2011 a été l’année la plus chaude depuis 1900 (+2°C au-dessus des normales). A part le mois de juillet, tous les mois de l’année ont été plus chauds que la normale. L’automne et le début de l’hiver ont été particulièrement chauds…bref, une année qui aura sans doute coûté de l’argent aux énergéticiens et à leurs actionnaires.

Il y a un an, j’analysais la communication financière du risque météo et de son impact financier sur les comptes de trois énergéticiens français: EDF, GDF-SUEZ et VEOLIA (Météo et performance financière : EDF montre la voie).

Ce papier notait l’absence d’information quantifiée dans les communiqués de presse, mais saluait l’effort de transparence d’EDF qui, lors de la présentation des résultats aux analystes, avait traduit en euros l’impact de la météo sur le CA et sur l’EBITDA. De son côté, GDF-Suez avait traduit l’impact météo sur le CA en TWh et précisé la sensibilité en euros de l’EBITDA par TWh. Enfin, VEOLIA ne précisait que l’impact en euros de la météo sur leur CA sans évoquer l’impact sur l’EBITDA. Un an plus tard, j’ai voulu revisiter ce sujet et voir comment la communication de ces trois énergéticiens a évolué.

Qu’il s’agisse d’EDF, de GDF-SUEZ ou de VEOLIA, les communiqués de presse parlent certes de conditions climatiques défavorables, mais malheureusement, il n’y a toujours rien de précis ni sur le CA ni sur l’EBITDA dans ces communiqués. Aux actionnaires de se mobiliser pour aller à la pêche aux infos.

Comme l’année passée, c’est dans les diapos de présentation aux analystes qu’on trouve quelques précisions. Et cette année, c’est GDF-SUEZ qui fournit les informations que les actionnaires attendent en termes d’impact financier de la météo sur la rentabilité de leur investissement. Ce sont les seuls à le faire. EDF, qui avait pourtant initié une communication limpide l’année passée, s’est limitée à préciser les effets du climat sur le CA en oubliant d’expliciter l’impact du climat sur les résultats. Enfin, la communication de VEOLIA évolue peu par rapport à l’an passé et reste très insuffisante.

Dans le détail, voilà ce qu’il faut retenir :

EDF : le communiqué précise simplement que les hausses de tarifs et la maitrise des coûts ont compensé la baisse des volumes liée au climat. Dans les 53 diapos de la présentation aux analystes, pas davantage de précisions. Restent les 152 pages d’annexes. Page 31 on apprend que la météo en France a coûté 5,6% de CA, soit 2 milliards d’euros. Côté EBITDA par contre, les choses sont moins claires. La diapo 9 précise l’impact du change et du périmètre de consolidation, mais rien sur la météo. Exit les présentations waterfall de l’an passé qui indiquaient pourtant clairement l’impact financier du climat…

GDF-SUEZ : le communiqué du 9 février précise que l’EBITDA de la branche énergie a chuté de 50,7%, les anomalies chaudes de température ayant coûté 30TWh (mais pas d’équivalent en euros). On retrouve plus loin la rhétorique habituelle : il suffit d’exclure l’impact du climat (et du gel des prix), et les résultats du groupe sont en ligne avec les prévisions : Hors impact climatique et gel du tarif du gaz en France, l’EBITDA s’élève à 17,4 milliards d’euros en ligne avec l’objectif du Groupe fixé entre 17 et 17,5 milliards d’euros. Dans les 32 pages de la présentation des résultats, qu’en est-il ? Page 16, on apprend que la météo a privé le groupe de 480 millions d’euros de résultat en 2011, et que d’une d’année à l’autre la météo aura eu un impact global de 880 millions. Les 131 pages d’annexes de présentation fournissent également des précisions sur les ajustements liés à la météo (en TWh). Au global, un progrès significatif par rapport à l’année passée.

VEOLIA ENVIRONNEMENT : Le communiqué de presse évoque une progression du CA, aidée par une compensation entre la hausse du prix de l’énergie et l’effet négatif des conditions climatiques moins favorables dans toute l’Europe en 2011 par rapport à 2010 (-285 millions d’euros). On ne saura pas ce que l’impact des anomalies chaudes (l’écart au climat moyen) représente, ni quel a été l’impact sur l’EBITDA.

L’année 2011 a été exceptionnellement chaude, mais la communication sur le risque météo n’a pas été exceptionnelle. L’impact sur l’EBITDA est bien réel et l’investisseur est en droit de savoir ce que le risque météo a coûté, surtout quand toutes les projections ou prévisions de rentabilité des mêmes énergéticiens pour 2012 et au-delà sont exprimées… à climat moyen. L’investisseur est a minima en droit de savoir quelle est la variance par rapport à ce climat moyen. Cette année encore, seul un spécialiste bien informé était en mesure d’extraire l’information attendue. Que l’entreprise choisisse de couvrir ce risque ou non, c’est entre ses actionnaires et ses dirigeants d’en décider. Encore faut-il pour cela que l’actionnaire sache de quoi on parle.

Il est peut-être temps que l’AMF ou la SFAF soient un peu plus exigeantes en matière de procédures de reporting du risque météo et proposent un cadre qui satisfasse énergéticiens et actionnaires… d’autant que le changement climatique accentue les aléas et rend la lecture de la performance des entreprises (pas seulement les énergéticiens) de plus en plus compliquée.

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