Changement climatique ou météo, quel impact sur la valeur d’une entreprise ? Dirigeants d’entreprises, soyez prêts !

Cela fait quelques années qu’entreprises et analystes ont mis le changement climatique au cœur de leurs préoccupations. Notation ISR, empreinte carbone, risque climatique, il faut avouer que l’actionnaire s’y perd un peu.  Il y a près d’un an, l’ADEME a financé une étude très exhaustive et très instructive pour apporter une réponse à cette question essentielle : comment la sphère financière prend-elle en compte le changement climatique ?[1]
La conclusion du rapport ne souffre d’aucune ambiguïté : il n’y pas d’outils de mesure homogènes permettant de quantifier l’impact financier du changement climatique dans la valorisation d’une entreprise. Au mieux, on dispose de différentes matrices d’analyses permettant de classer les entreprises parmi les futures gagnantes ou perdantes du changement climatique.

Mais qu’on ne s’y trompe pourtant pas. L’intérêt des acteurs, qu’il s’agisse des agences de notation, des analystes Buy side ou Sell side, ou des directions financières est bien réel. Le changement climatique est une problématique stratégique que personne ne nie et la frustration de ne pouvoir la quantifier est d’autant plus importante.

L’année 2011 a fait considérablement progresser la réflexion. Rappelons quelques définitions simples pour s’assurer qu’on parle tous de la même chose. Le climat, c’est la météo moyenne sur 30 ans. La météo, c’est ce qu’on observe (figure 1). L’écart entre l’observation (la météo) et ce qu’on attendait (le climat) s’appelle l’anomalie météo. C’est l’anomalie qui représente un risque, parce qu’elle est imprévisible.

Figure 1 : températures 2011 Europe occidentale

Le changement climatique (figure 2), c’est l’évolution sur plusieurs dizaines/centaines d’années du climat. Indéniablement, la température augmente. Le même graphique pour Paris montrerait que le réchauffement sur les 30 dernières années est de l’ordre de 0,4°C tous les dix ans.

Figure 2 : Anomalies de températures – Monde

 L’horizon temporel du climat est donc le jour, le mois ou l’année (la météo), 30 ans (le climat) ou cent ans et plus (le changement climatique). L’horizon temporel de l’entreprise et du CFO c’est le trimestre, l’année, voire dans certains cas un horizon stratégique long terme qui dépasse rarement 5 à 10 ans. Clairement, l’entreprise évolue dans l’horizon de l’anomalie météo, pas dans celui du changement climatique.

Le rapport de l’ADEME a montré qu’on ne sait pas quantifier l’impact financier du changement climatique sur la valeur d’une entreprise… par contre, on sait parfaitement quantifier l’impact financier des anomalies météo sur le chiffre d’affaires et le résultat (EBIDTA) des entreprises. Tout simplement parce qu’au travers des études de météo-sensibilité, on sait calculer la performance à climat normal, et déterminer la relation entre anomalie météo et variation des ventes ou des résultats.

C’est ici qu’intervient le chaînon manquant, le lien entre changement climatique et anomalies météo : selon l’Organisation Mondiale de la Météo, le changement climatique augmente le nombre, l’intensité et la durée des anomalies météo. Les saisons que nous venons de traverser en France donnent raison aux météorologues. Jugez plutôt : hiver 2010-2011 : le mois de décembre le plus froid depuis 1969 et des chutes de neige importantes; printemps 2011 : l’un des plus chauds sinon le plus chaud depuis 1900 et l’un des plus secs depuis 50 ans; été 2011 : l’un des mois de juillet les plus froids et humides depuis 1959;  automne 2011 : le deuxième plus chaud depuis 1900;  hiver 2011-2012 : décembre et janvier les plus chauds depuis 1934 suivi du mois de février le plus froid depuis 1947…

La nécessité de prendre en compte et de gérer l’impact financier de la météo s’impose plus que jamais à de nombreuses entreprises. Comme elle s’impose aux analystes, lorsqu’ils établissent leurs recommandations et leurs objectifs sur une valeur donnée.

A ce titre, CA-Cheuvreux, dont la recherche sur l’impact du changement climatique fait référence, vient de publier son analyse des perspectives de l’entreprise suédoise Husqvarna, leader mondial de l’outillage motorisé de jardinage, qui montre à quel point le marché a pris la mesure du risque météo. Le titre choisi par l’analyste parle de lui-même : don’t be fooled by the weather[2]. CA-Cheuvreux revoit sa recommandation sur Husqvarna à la baisse, car d’une part les performances remarquables du groupe au premier trimestre (+19%) aux Etats-Unis sont pratiquement entièrement dues à une météo particulièrement favorable (en moyenne 4°C au-dessus des normales), et que cette même météo favorable en Europe n’a résulté qu’en une maigre augmentation de l’activité (+1%). L’analyse de météo-sensibilité effectuée par CA-Cheuvreux montre également que les volumes de ventes mensuelles de matériel et de pièces de rechange peut varier d’un facteur de 1 à 10 suivant que la météo du mois est plus ou moins favorable… On savait déjà l’importance qu’ont les anomalies de températures sur la rentabilité des énergéticiens (perte de 480M€ pour GDF-Suez en 2011), mais il va falloir être de plus en plus exigeant et vigilant, car comme le montre l’analyse de CA-Cheuvreux, la prise en compte de la performance financière brute ne suffit plus à se faire une opinion avisée sur les perspectives réelles d’une entreprise évoluant dans un secteur météo-sensible.

Et ça concerne beaucoup de secteurs ? L’énergie et le jardinage, bien sûr…mais aussi l’alimentation, le textile, les boissons, le tourisme et l’hôtellerie, les loisirs, le bricolage, la construction, l’entretien des routes, les compagnies aériennes, l’agriculture, les travaux publics…en fait deux secteurs sur trois !.

L’analyse de CA-Cheuvreux marque un vrai tournant sur la prise en compte de la vulnérabilité des entreprises au risque météo. CEOs et CFOs vont devoir se préparer rapidement aux questions des analystes pour être capables d’y répondre de manière satisfaisante. Ce travail préparatoire d’analyse de risque et de quantification permettra de plus à de nombreuses entreprises de mettre en place une véritable gestion opérationnelle et financière du risque météo pour éviter que le titre de l’entreprise ne se retrouve pénalisé, faute d’avoir fait le nécessaire. Plus que jamais, le temps c’est de l’argent.


[1] ADEME, Valorisation des enjeux climatiques dans l’analyse financière, Risques/opportunités, outils, stratégie des acteurs financiers, Mai 2011, 167 pages

[2] Ne vous laissez pas berner par la météo

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