La couverture météo

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Pourquoi se couvrir

Protéger sa marge et éviter que la météo ne mette en péril la solidité financière de l’entreprise est devenu une évidence. La variabilité climatique est restée relativement stable jusqu’à la fin des années 80, puis progressivement le climat s’est déréglé et c’est à ce moment-là qu’on a commencé à parler de changement climatique.

Initialement, le premier constat a porté sur l’augmentation de température moyenne à la surface de la terre. Entre 1980 et 2010, la température moyenne à la surface de la Terre a augmenté de +0.6°C. Les spécialistes mondiaux du climat ont naturellement cherché à évaluer l’ampleur du réchauffement auquel il fallait se préparer. Les dernières estimations oscillent entre une augmentation de +2°C à horizon 2050 et +4°C à horizon 2100.

Les financiers ont rapidement cherché à évaluer quel pourrait être l’impact sur la rentabilité et la valeur des entreprises. La réflexion portait alors surtout sur la dépendance des entreprises au carbone et à l’utilisation de ressources naturelles. Mais valoriser un impact potentiel à très long terme quand analystes et financiers investissent à court terme est un exercice compliqué voire impossible.

Anomalies de températures (source OMM)

Anomalies de températures (source OMM)

Gestion opérationnelle

Les entreprises pour lesquelles les ventes ou les achats sont météo-sensibles peuvent intégrer les prévisions météo dans leurs outils de pilotage. Il s’agit de parfaire la capacité de l’entreprise à disposer du bon produit, au bon moment et au bon endroit. Par exemple, si les jours d’été à venir s’annoncent plus frais que la normale, en intégrant les prévisions météo, un distributeur peut réduire ses volumes dans les rayons boissons et les augmenter côté chocolat. Pour les entreprises agiles, capables de modifier leurs achats ou leurs ventes en quelques jours, l’utilisation des prévisions météo permet d’améliorer les ventes de quelques pour cent.

Mais la gestion opérationnelle a ses limites. La fiabilité des prévisions ne dépasse pas deux semaines (source Météo France) et l’expérience montre que les entreprises qui ont essayé d’utiliser des prévisions pour des échéances plus longues ont détérioré leur performance par rapport à un système de prévision classique sans météo. Par ailleurs, en cas de météo défavorable prolongée, il n’y a pas de report d’activité d’une semaine à l’autre et la perte d’activité est définitive.

La gestion opérationnelle permet de réduire les conséquences d’une météo défavorable mais elle ne peut empêcher les méventes ou les surcoûts en cas d’anomalie météo prolongée.

Gestion stratégique

De plus en plus d’entreprises cherchent à augmenter leur résilience météo en diversifiant soit leur gamme de produits, soit leurs régions d’approvisionnement ou de ventes. Elles utilisent des sociétés de conseil en gestion du risque météo pour sélectionner la stratégie de diversification qui permet de réduire l’impact de la variabilité climatique naturelle.

Chaque gamme de produits réagit différemment aux anomalies de la météo. En ajoutant des produits dont les profils de météo-sensibilité sont complémentaires, il est possible de réduire la sensibilité globale de l’entreprise, à l’image de la diversification d’un portefeuille d’actions en finance. Prenons deux entreprises globales qui produisent et commercialisent toutes deux du chocolat, Lindt & Sprüngli d’une part et Nestlé d’autre part. Lindt & Sprüngli réalise 100% de son chiffre d’affaires dans le chocolat. En cas de printemps ou d’été anormalement chaud il subira davantage la météo que Nestlé qui produit et commercialise également plusieurs marques de crèmes glacées ou encore d’eaux minérales dont les ventes augmenteront avec des anomalies chaudes.

La diversification géographique est une autre manière de réduire l’exposition globale de l’entreprise aux anomalies météo. Dans le textile, Next concentre plus de 90% de ses ventes au Royaume-Uni. Inditex  réalise 60% de son chiffre d’affaires réparti équitablement dans toute l’Europe de l’Ouest. En cas de printemps frais centré sur la Grande Bretagne, ce qui s’est déjà produit, le résultat financier de Next sera nécessairement beaucoup plus impacté que celui d’Inditex.

Il faut cependant relativiser le pouvoir de la diversification géographique. Beaucoup de groupes pensent à tort qu’en étant « global » ils ne sont que très peu exposés au risque météo. C’est un mythe. Pour preuve, les résultats du 2ème trimestre 2013 du Groupe Coca-Cola ont montré une baisse des volumes en Europe à cause d’un printemps anormalement froid, une baisse également aux Etats-Unis, toujours à cause de températures anormalement basses et une baisse en Chine pour les même raisons. Képler Cheuvreux et Meteo Protect ont montré, en analysant les anomalies météo des 30 dernières années, que l’effet météo s’additionne dans 60% des cas et qu’il n’y a compensation de l’effet météo entre l’Europe et les Etats-Unis que dans 16% des cas, soit 1 année sur 6.

Au final, quand il n’est pas possible de diversifier davantage la gamme de produits ou l’implantation géographique de l’activité, avec les limites que nous venons d’évoquer, la seule solution efficace pour diminuer sa vulnérabilité à la météo, c’est de se couvrir à l’aide d’outils financiers.

Se couvrir

Les entreprises météo-sensibles qui souhaitent se couvrir contre les conséquences d’une météo défavorable utilisent les produits indiciels plus connus sous le nom de dérivés climatiques ou d’assurance météo. Le fonctionnement est identique à celui des produits de couverture de change ou de matière première, à la différence que l’indice sur lequel est basée la couverture est une variable météo. Il s’agit le plus souvent d’une variable de température qui peut prendre la forme d’une température moyenne ou d’un cumul d’anomalies par exemple. On rencontre également des contrats de couvertures portant sur les précipitations, les vitesses de vent, la durée d’ensoleillement ou la couverture nuageuse, là encore soit sous forme de moyenne ou de cumul d’anomalies. En agriculture, l’indice est souvent une combinaison de variable météo.

Les contrats les plus fréquents sont des options. Grâce à l’analyse de météo-sensibilité, l’entreprise connait l’indice météo à utiliser et les pertes financières en fonction de l’évolution de cet indice. L’entreprise choisit le seuil de déclenchement de la couverture, autrement dit le niveau de l’indice à partir duquel elle souhaite être indemnisée, le montant de l’indemnité par unité d’indice, l’indemnité maximale, la période de couverture et la zone géographique sur laquelle porte la couverture. Le prix de la couverture est calculé en fonction des choix de l’entreprise et la probabilité que le risque se produise.

Si la météo a été défavorable, la valeur finale de l’indice dépasse le seuil de déclenchement et l’indemnité est réglée automatiquement à l’entreprise. Le montant de l’indemnité ne dépend que de la valeur finale de l’indice et uniquement de ça. Si la météo a été favorable, il n’y a pas d’indemnisation puisqu’il n’y a pas eu de pertes.

Quand la relation entre météo et performance financière d’une entreprise présente une certaine symétrie, il est possible de diminuer le prix de la couverture en renonçant à une partie des bénéfices supplémentaires dus à des conditions météo anormalement favorables. On parle de stratégie de collar ou de swap.

Les contrats indiciels peuvent prendre la forme d’un contrat de produit dérivé ou d’un contrat d’assurance. Le choix dépend notamment des règles comptables en vigueur. Dans le cas d’une assurance, l’indemnité éventuelle est intégrée au résultat opérationnel, ce qui, pour une entreprise cotée, permet d’atténuer la volatilité de l’EBITDA et évite d’être sanctionné par le marché en cas de baisse du résultat liée à une météo défavorable. Dans le cas d’un produit dérivé, l’indemnité éventuelle est intégrée au résultat financier sauf si l’entreprise est autorisée à appliquer la comptabilité de couverture.

Dans tous les cas, les contrats indiciels sont la seule alternative qui permette à une entreprise de gérer efficacement les conséquences d’une météo défavorable.