La diversification géographique n’est pas une couverture naturelle efficace contre les aléas de la météo

canettes

Les derniers résultats publiés par Coca-Cola indiquaient que les volumes de vente du 2ème trimestre étaient inférieurs aux attentes, en raison notamment de conditions météo inhabituellement mauvaises au cours du trimestre. Les marchés européen, américain et chinois, ont tous trois et simultanément connu des conditions de températures anormalement basses et des précipitations anormalement élevées.

La diversification géographique, argument pourtant régulièrement avancé par tous les groupes dont les résultats peuvent varier en fonction de la météo, n’a pas fonctionné. Et c’est normal ! 8 fois sur 10, la diversification géographique ne protège pas des aléas de la météo !

L’alignement météo défavorable qu’a subi Coca-Cola nous a incités à examiner la validité de l’hypothèse qui consiste à dire que « la diversification géographique est une couverture naturelle contre le risque météo ».

Les entreprises cotées publient leurs résultats chaque trimestre. Nous avons regardé ce qui se passe entre l’Europe et les États-Unis pour chaque trimestre depuis 1985. Pour déterminer la météo de l’Europe, nous avons calculé les températures moyennes nationales de l’Autriche, la Belgique, le Danemark, la France, l’Allemagne, l’Irlande, l’Italie, les Pays-Bas, le Portugal, l’Espagne, la Suisse et le Royaume-Uni, puis agrégé l’ensemble. Pour les États-Unis, nous avons utilisé les observations météo des 50 états.

Si la diversification géographique entre États-Unis et Europe est efficace, les anomalies météo doivent globalement se compenser. Autrement dit, s’il fait anormalement froid aux États-Unis, il doit faire anormalement chaud en Europe et vice-versa, pour que la diversification géographique soit une couverture naturelle efficace contre les aléas météo.

Depuis 1985, l’anomalie météo trimestrielle est dans le même sens dans 61% des cas. L’analyse trimestre par trimestre met en évidence des disparités significatives : en hiver, s’il fait anormalement doux aux États-Unis, il fait aussi anormalement doux en Europe dans 72% des cas.

Table 1 : pourcentage des anomalies de température trimestrielles dans le même sens (1985-2013)

Table 1 : pourcentage des anomalies de température trimestrielles dans le même sens (1985-2013)

Quand les anomalies météo sont en sens opposé, il faut, pour qu’il y ait véritablement compensation et donc couverture naturelle, que l’anomalie en Europe et aux États-Unis ait globalement la même intensité.

Si on considère que l’intensité des anomalies est la même à + ou – 30% près (exemple : si l’anomalie en Europe est égale à 100 alors l’anomalie aux États-Unis est comprise entre -70 et -130), il n’y a compensation que 16% du temps soit 1 année sur 6 !

Table 2 : pourcentage des anomalies de température trimestrielles qui se compensent à 30% près (1985-2013)

Table 2 : pourcentage des anomalies de température trimestrielles qui se compensent à 30% près (1985-2013)

Si on est un peu moins regardant et qu’on considère que l’intensité des anomalies est la même à + ou – 50% près, le constat n’est pas très différent puisqu’il n’y a en moyenne compensation qu’une année sur 5, soit 22% du temps.

Table 3 : pourcentage des anomalies de température trimestrielles qui se compensent à 50% près (1985-2013)

Table 3 : pourcentage des anomalies de température trimestrielles qui se compensent à 50% près (1985-2013)

La donne n’est pas très différente pour les entreprises françaises dont l’activité est répartie en Europe. Nombreux sont les dirigeants ou directeurs financiers de groupes de brasseurs, de producteurs de légumes ou de fabricants de crèmes glacées à penser et/ou à affirmer qu’avoir des activités un peu partout en Europe les protège des pertes causées par des conditions climatiques défavorables. On vend moins de bière à Paris parce qu’il fait froid ? Aucun problème, il fait sans doute chaud à Madrid ou à Rome !

Et bien regardons. Depuis 1985, quand il fait anormalement froid en France, il fait anormalement froid dans la plupart des pays qui entourent la France. Inversement, quand il fait anormalement chaud, il fait aussi anormalement chaud dans le reste de l’Europe. Une entreprise française qui aurait des ventes en Allemagne, en Italie, en Espagne, au Royaume-Uni, au Danemark, aux Pays-Bas et en Pologne subirait les mêmes anomalies trimestrielles de température en France que dans la totalité des pays dans lesquels elle opère dans 80% des cas ! Voilà une idée reçue qui vole en éclat, statistiques à l’appui.

Table 4 : pourcentage des anomalies de température trimestrielles dans le même sens (1985-2013)

Table 4 : pourcentage des anomalies de température trimestrielles dans le même sens (1985-2013)

En conclusion, la diversification géographique ne constitue pas une couverture naturelle efficace contre les conséquences financières d’une météo défavorable, et seul un programme de couverture financière adapté est susceptible de protéger de façon systématique et fiable les profits des entreprises.