Actionnaires, n’oubliez pas la météo !

par Jean-Louis Bertrand, article paru dans AGEFI Hebdo le 9 avril 2009

La météo affecte toutes sortes d’entreprises. On pense immédiatement à l’agriculture ou au tourisme. Mais la météo influence aussi la consommation d’eau, de bière, de cosmétiques, d’électricité, les ventes textiles, la construction, le bricolage… en fait, des pans entiers de notre économie !

Consultez les rapports annuels de certaines entreprises cotées et vous verrez que nombreux sont ceux qui citent les conditions climatiques, surtout lorsqu’elles ont été défavorables. Les actionnaires pourraient hausser les épaules et ils auraient doublement tort : non seulement les entreprises sont aujourd’hui capables de quantifier l’impact de la météo sur leur activité, mais elles peuvent aussi couvrir ces risques à l’aide de produits du type contrats à terme ou options.

La performance boursière repose sur l’équilibre risque/rendement. L’investisseur doit savoir à quels risques il s’expose, les risques encourus déterminant le rendement attendu. Une entreprise française réalisant une part importante de ses ventes en dollars a deux solutions : elle couvre son risque, ou elle décide que ses résultats peuvent fluctuer avec le cours euro/dollar. Si l’entreprise ne couvre pas, l’actionnaire a un risque supplémentaire et doit exiger une meilleure rémunération. Les normes comptables, en particulier IFRS7, permettent de connaître la politique suivie par l’entreprise. Mieux, chaque entreprise doit publier une analyse de sensibilité qui chiffre l’impact financier des risques de marchés auxquels elle est soumise. Ainsi, si une entreprise a un risque euro/dollar, l’actionnaire en connaît l’impact quantitativement et directionnellement. Même chose pour les taux d’intérêt, mais rien concernant les risques météo ; normal, sauf si la météo a un impact… On sait par exemple que les variations de températures expliquent 90 % des variations de consommation d’électricité, ou qu’en été, chaque degré représente 4 % à 7 % des ventes de bière. En France, la « météo-sensibilité » se chiffre à 420 milliards d’euros. Si une entreprise est « météo-sensible », son cours de Bourse, qui reflète la création de valeur, doit l’être aussi. METNEXT, coentreprise Météo France/ Nyse Euronext, a étudié la valeur boursière de plusieurs dizaines d’entreprises cotées. Ses conclusions doivent éveiller l’attention de l’actionnaire. Si la météo instantanée a une influence minime sur le prix d’une action, la météo du trimestre précédent peut expliquer une part importante du rendement de cette même action: dans la grande distribution, la météo explique 20 % à 30 % du rendement ; côté bricolage, ce chiffre approche 50 %. Dans l’agroalimentaire, la météo explique un tiers de la performance des actions considérées, même chose dans le textile. Dans tous ces cas, l’influence de la météo est supérieure à l’impact des taux de change ou d’intérêt pour lesquels l’actionnaire a été abondamment alerté.

Quand le crédit et les liquidités sont rares, peu d’entreprises peuvent se permettre de subir en plus une météo défavorable. Les actionnaires non plus ! Que faire ? Pour les entreprises, c’est comprendre l’impact de la météo sur leur activité et en chiffrer les conséquences. C’est intégrer la météo dans le budget et les décisions managériales, et extraire la valeur économique de l’information météo pour mieux déterminer la demande, la production, éviter les stocks inutiles, prévoir les campagnes promotionnelles… Ces actions ont des conséquences sur le cash et les profits de l’entreprise. Les entreprises doivent valoriser les données météo. Celles-ci peuvent servir aux banquiers de supports de couverture si l’entreprise estime que le risque encouru est trop important.

Les entreprises ont un devoir de transparence et d’information. A chaque investisseur de faire entendre sa voix auprès de son courtier, de sa banque ou directement lors des assemblées générales d’actionnaires… Parler de la pluie et du beau temps va enfin rapporter de l’argent où éviter d’en perdre !

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